L’orgue de l’église Saint-Gildas est un joyau du XVIIIe siècle.

Réalisé par le facteur d’orgue Waltrin entre 1759 et 1761, l’orgue occupe une place centrale dans l’église en contribuant au rayonnement spirituel et artistique de l’édifice. 

Cet orgue de 26 registres à système mécanique, représente un total de plus de 1500 tuyaux de bois et de tuyaux en étain, allant de quelques centimètres à environ 5m de haut ! Il est alimenté par une grande soufflerie extérieure. Il dispose de 3 claviers manuels de 54 touches chacun et d’un pédalier de 30 marches.

Preuve de leur intérêt pour le patrimoine breton et français, l’orgue et sa tribune ont été classés au titre objet des Monuments historiques en 1977 et 1978. 

Buffet d'orgue
Le buffet d’orgue est l’élément le plus visible de l’instrument. Il sert de caisse de résonance, abrite et protège l’ensemble des organes constitutifs de l’orgue.
Console en fenêtre
Le poste de travail de l’organiste s’appelle la console. Elle regroupe les claviers (dont le pédalier) et les registres disposés de part et d’autre des claviers.
Philippe Bataille
Trio Per Vari Kervarec

Lors des récents travaux du beffroi, une fragilité de la tribune a été détectée. La mairie prévoit sa consolidation. L’orgue reste utilisable en toute sécurité.

Dès 1701, l’église encore toute neuve, disposait du petit orgue de la chapelle de Notre Dame de la Plaine, aujourd’hui disparue. Mais cet instrument était trop frêle pour l’importance de la nouvelle église.

C’est le 5 août 1759 que le Conseil de la Ville décide « de passer marché pour orgues neuves ».

Il fallut cependant attendre encore plus d’un an pour que cette décision soit mise à exécution. La délibération de « l’assemblée générale des nobles, bourgeois et habitants de la ville» date, en effet, du 12 novembre 1760. Elle commandait au Sieur Waltrin « de faire et fournir un jeu d’orgues pour le prix de 9 000 livres, payable en trois fois. »

L’instrument, achevé en 1761, est un modèle d’architecture baroque.

  • Structure : Deux buffets composés de trois tourelles, encadrant des plates-faces dont les corniches richement sculptées de végétaux et de rocailles s’abaissent en un élégant mouvement vers le centre
  • Détail remarquable : Des « pots-à-feu » ornés de gros godrons et de flammes dessinent de splendides bouquets.

Le resserrement du massif, très marqué dans son ondulation et simplement orné de panneaux moulurés procure à la silhouette de ces deux buffets « une agitation générale, tout à fait typique des orgues de style Louis XV »

Dès la mise en place de ce superbe instrument dans la tribune attenante à la grande tour, on organise un concours présidé par les organistes de la Cathédrale de Vannes et de la collégiale de Guérande, afin de désigner un organiste titulaire de Saint Gildas. Le lauréat de ce concours sera le Sieur Lua. 

Le saviez-vous ? En 1795, en pleine période révolutionnaire, des prisonniers fait à Quiberon lors du débarquement des Emigrés sont enfermés dans l’église et détériorent l’orgue.

En 1855, l’orgue est confié à Jules HEYER, facteur à Quimper.

« L’orgue posé et mis en harmonie » devra être « livré complètement achevé pour la fête de la Toussaint de l’année 1856. » Jules Heyer exécutera son travail en conservant une part importante des jeux anciens qui lui donnent une fort belle sonorité s’ajoutant à la bonne acoustique de la nef voûtée sur berceau de bois. 

Il a ajouté un Récit mais a conserver le positif dans le buffet tout en maintenant la console en fenêtre. Cette console, il l’a refaite comme le prouvent les larges tirants des registres (on reconnaît toujours Heyer à l’allure de ses consoles). 

Le procès verbal de réception de l’orgue restauré est dressé par Monsieur Colin, organiste à Saint-Brieuc, qui conclut : « La partie sonore de l’instrument est vraiment digne d’éloges. Les jeux essayés, en particulier, tuyaux à tuyaux, puis l’un après l’autre, ou bien réunis, possèdent les conditions désirables de timbre, d’égalité, de douceur et de force … mais l’effet de masse pêche par insuffisance d’air dans les sommiers. » 

Monsieur Heyer s’engage aussitôt à remédier à ces insuffisances. Sur les conseils de Monsieur Colin, la fabrique demande au facteur d’ajouter à l’instrument une boîte d’expression afin de « la mettre en harmonie avec le progrès de la facture moderne ». Monsieur Heyer accepte moyennant un supplément de deux mille sept cents francs. 

L’instrument perd de son caractère original mais gagne nettement en fiabilité. Aujourd’hui, ce superbe instrument demeure la fierté des Alréens, témoin d’un savoir-faire artisanal séculaire et d’une passion musicale jamais démentie.

On trouve dans la facture de Heyer des traits typiquement saxons (coupe au ton, bouches hautes, chapes en biseau, jeux gambés, anches libres) mêlés de couleurs typiques de la facture romantique française (flûte harmonique, anches, plein-jeu progressif).

Avec les tirants de registres, l’organiste peut choisir les tuyaux qu’il veut faire parler. Le bout du tirant de registre est muni d’un pommeau en bois et ivoire sur lequel le nom du jeu est indiqué.
Le pot-à-feu est un motif traditionnel des buffets d’orgue du XVIIIe siècle. Il constitue un couronnement remarquablement esthétique de la tourelle.
Le tuyau à bouche fonctionne selon le principe de la flûte. L’air s’engouffre dans le pied du tuyau pour en sortir sous forme d’une fine lame d’air venant se briser sur la lèvre supérieure. 
Réalisée avec du bois léger (sapin), la vergette est une fine latte qui sert à relier la touche à la soupape située dans le sommier.

22 mai 1623 : Charles de Lorraine, duc de Guise, pose la première pierre de l’église Saint-Gildas

1641 : L’église est achevée, à l’exception du clocher

1701 : Ajout du clocher-porche. On déplace l’orgue de la chapelle Notre-Dame à l’église Saint-Gildas.

1759 : Le petit orgue est jugé inadapté à l’édifice. Un nouvel instrument est commandé le 5 août 1759, au sieur Waltrin, facteur d’orgues vosgien, habitant à Morlaix. Il est assisté de Jacques Magué qui réalise la partie en bois de l’instrument.

1760 : Le petit orgue est démonté et transféré dans une chapelle aujourd’hui disparue. Il n’a été conservé aucune trace de cet instrument.

1761 : Les travaux sont achevés et expertisés le 28 septembre 1761 par l’organiste de la cathédrale de Vannes et celui des Jacobins de Guérande. L’instrument a alors 25 jeux sur trois claviers et pédalier.

1795 : En pleine période révolutionnaire, l’orgue est endommagé par des prisonniers enfermés dans l’église.

1833 : La foudre frappe l’église le 3 juin 1833 et endommage l’Orgue. Les réparations sont effectuées par les frères Claude de Mirecourt (Vosges).

1855 : L’instrument est reconstruit dans le style romantique allemand par Jules Heyer. Il réutilise une grande partie du matériel sonore d’origine et refait l’harmonisation. L’instrument perd de son caractère original mais gagne nettement en fiabilité. On trouve dans la facture de Heyer des traits typiquement saxons (coupe au ton, bouches hautes, chapes en biseau,jeux gambés, anches libres) mêlés de couleurs typiques de la facture romantique française (flûte harmonique, anches, pleinjeu progressif).

1895 : L’orgue est à nouveau endommagé lors du remplacement de la voûte en lambris par l’actuelle voûte à caissons. Georges Claus le restaure.

1946 : L’orgue est restauré dans les ateliers parisiens de la maison Pleyel/Cavaillé-Coll. Il est entièrement nettoyé et l’harmonisation est revue.

1956 : L’instrument subit une intervention du facteur Maurice Gobin de Lorient, lequel répare la mécanique et la soufflerie et modifie la composition dans un style plus néo-clasique : Au Récit expressif, le Trombone, la Voix Humaine et le Hautbois sont supprimés et remplacés par le Hautbois du Positif et la Viole de Gambe du Grand-orgue. Au Positif de dos, un Plein-jeu III est rajouté et le Cromorne est décalé en Clarinette 8′. Le Grand-orgue est complété d’un Plein-jeu IV, d’une Flûte 4′ et d’une Tierce 1 3/5.

1977 : Classement de l’orgue (partie instrumentale) au titre des Monuments Historiques

1978 : Classement du buffet et de la tribune au titre des Monuments Historiques

1979 : La maison Beuchet/Debierre de Nantes procéde à une restauration. Le buffet retrouve sa couleur originale. Le matériel sonore fait l’objet d’un relevage. Ajout d’une Bombarde 16′ en bois et supression de la Flûte 4′ à la pédale.

2007 : Le ventilateur électrique de l’orgue tombe en panne au cours de la messe de Noël. Il est aussitôt remplacé.

2010 : L’association Les Amis de l’orgue de Saint-Gildas est créée par Gaston Ruigidel.

2012 : Nicolas Toussaint procède à la réfection des circuits électriques et du pédalier, ainsi qu’au soudage de la tuyauterie.

2023 : L’association Les Amis de l’orgue de Saint-Gildas change d’identité pour devenir Alre Orgues. Ce changement s’accompagne d’un élargissement de ses missions : l’association centralise et instruit les demandes de concerts dans les églises de l’ensemble paroissial d’Auray et de Pluneret.

2024 : Pendant les travaux de remise en état du beffroi, le maître d’œuvre diagnostique une grande fragilité de la tribune portant les orgues, faisant craindre son effondrement. L’église Saint Gildas ferme le 22 mars et rouvre le 27 octobre.